Notre rencontre avec Mickael Doucet

Pour la série « Villégiatures », l’artiste français Mickaël Doucet présentent des intérieurs de villas contemporaines vidées temporairement de ses habitants. Des objets laissés pour compte ici et là, quelque peu énigmatiques, acheminent le spectateur vers une histoire extraite de sa propre imagination.
Notre reporter Marion a rencontré cet artiste s'amusant des codes visuels pour nous transporter dans son univers.

Mickaël Doucet, parlons de vos peintures et notamment de votre dernière exposition « Villégiatures » : ce que l’on remarque tout de suite, c’est que vous avez le sens de la perspective ! Ces grands intérieurs design sont-ils le fruit de votre imagination ? J’imagine que vous avez un attrait pour l’architecture contemporaine et quel est le lien avec votre travail ?

 

Quand j’ai commencé à élaborer la construction de ma série de peintures « Villégiatures », j’ai cherché de la documentation architecturale photographique, dans des magazines spécialisés, mais aussi sur le net. C’est à ce moment-là que je me suis réellement intéressé à l’architecture contemporaine et au design des années 50 jusqu’à maintenant.

J’ai d’abord une idée directrice de travail puis j’organise mes recherches selon mes besoins pour réaliser les croquis qui deviendront ensuite mes œuvres. Les recherches photographiques sont en quelque sorte le squelette de mes dessins, mon imagination entre en scène pour composer la suite de mon travail. 

Pour ce qui est de la perspective, je me sens plus proche des peintures de la Renaissance et des peintres flamands que des dessins d’architecte.

 

 

Autre caractéristique frappante, ces villas sont déshumanisées ! On devine pourtant que ces maisons sont ou ont été habitées car l’on remarque la présence d’objets délaissés : un verre renversé sur une table, une poussette sur la terrasse, un fauteuil roulant etc. Que souhaitez-vous exprimer ?

C’est exactement ce dont je vous parlais tout à l’heure, c’est-à-dire l’idée de départ : je voulais exprimer la présence humaine par son absence, une sorte de peinture figurative sans figure justement. Ce serait comme réaliser un portrait sans représentation de ce portrait …

 Ces « Villégiatures » expriment également le sentiment que l’on ressent dans des stations balnéaires en hiver. Une vie grouillante et organique, l’été, et le vide et l’absence, l’hiver

C’est pourquoi j’ai travaillé sur des oppositions de tons froids et chauds : pour renforcer cette sensation de « déjà vécu évanoui… ».

Les éléments qui parsèment de manière discrète chaque toile sont là pour créer ce petit décalage qui fait que ce ne sont pas juste des peintures d’intérieurs que l’on pourrait limiter à leur côté décoratif.

Il y a de plus très souvent des références littéraires précises. J’aime qu’il y ait en littérature et en peinture plusieurs niveaux de lecture.

Parlons de votre technique sur le rendu des matières. Comment travaillez-vous les couleurs, les effets de transparence et les ombres ?

Mon ambition technique dans cette série était à la base de faire cohabiter sur une même toile différentes techniques et de leur donner une texture particulière : des aplats avec des coulures, des formes abstraites avec des éléments peints de manière classique, voire impressionniste pour certains paysages mais aussi la rigueur de perspective au cordeau avec des formes beaucoup plus souples.

Si vous regardez attentivement la peinture moderne et contemporaine, la plupart des peintres peignent - et c’est tout à fait normal - d’une même manière sur une même toile. J’avais envie de tenter autre chose en utilisant plusieurs techniques et trouver un certain équilibre, ce qui est loin d’être évident mais je suis plutôt content du résultat.

J’essaie d’interroger les techniques traditionnelles de peinture et d’en composer une plus contemporaine. Pour être plus précis, j’ai donc mélangé des techniques de dilution d’encres, d’aplats plus froids avec des acryliques et des transparences et enfin des textures avec l’huile.

 

Travaillez-vous à chaque fois en série ? Sur une même thématique ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Oui, souvent. Le fait de travailler en série me permet de développer mon idée de départ et il arrive parfois que d’autres idées me viennent en même temps.

Je prépare tous mes croquis à l’avance : avant de peindre j’ai déjà ma série complète prête. Je peins donc plusieurs toiles en même temps, ce qui me permet de gérer les temps de séchage et je travaille en parallèle sur des petites œuvres à l’huile pour travailler les couleurs.

Le thème est général mais peut aussi évoluer et ainsi faire évoluer la série. Comme je dessine beaucoup à mes moments perdus j’ai toujours une, voire deux séries d’avance.

En fait, je travaille beaucoup et n’ai jamais assez temps de temps pour faire tout ce que j’aimerais faire. Mes sources d’inspirations sont principalement la littérature et l’actualité. J’essaie de créer un lien entre notre époque contemporaine et les époques passées. Et peindre des œuvres contemporaines mais universelles. Tout un programme !

Les TrOIS choses que vous ne savez pas encore...

Quels sont vos projets futurs ?
La Galerie Charron avec laquelle j’ai un contrat d’exclusivité, présente en permanence mon travail au 43 rue Volta dans le 3ème arrondissement parisien. Elle me représente également lors des foires d’art contemporain comme prochainement à Art Elysées en octobre 2016 à Paris mais aussi à l’étranger en Allemagne et en Suisse principalement. Mon travail s’exporte aussi en Chine : après Hangzhou, je prépare une grande exposition à Wuhan pour le printemps 2017.

Quels sont les artistes qui vous inspirent ?
Ils sont nombreux et j’en découvre toujours, mais je dirais que suis très attiré par la peinture allemande et notamment celle de l’école de Leipzig et des peintres tels queMatthias Weischer, Tilo Baumgartel, Tim Eitel et Neo Rauch, Christian Hellmich, Daniel Richter …

J’aime beaucoup David Hockney et ce qui m’intéresse particulièrement c’est ce qu’il avait tenté, une forme de transmission. Je m’intéresse également à l’évolution de la peinture figurative depuis Matisse et Picasso. Je m’inspire aussi des peintres italiens de la Renaissance ainsi que les Flamands comme Vermeer et Carel Fabritius.

Une exposition que vous avez vue récemment à conseiller à nos lecteurs ?
L’exposition d’Anselm Kiefer à Pompidou m’a beaucoup impressionné. Dans un autre style, je vous conseillerai l’exposition « The Velvet Underground » à la Philharmonie de Paris et pour finir par une touche féminine, l’exposition consacrée à la peintre allemande Paula Modersohn-Becker au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.

 

 

 

 

 

L'exposition de Mickael Doucet "Nemesis" est visible à la galerie Charron jusqu'au 30 juin 2016.

 

Une rencontre réalisée et racontée par :

Marion