Notre rencontre avec Benoit Huot

Avec la complicité de notre partenaire 3 Days in Paris, et à l’occasion de sa troisième édition, notre reporter Marion a rencontré Benoit Huot qui présente jusqu’au 19 décembre 2015 à la Galerie Eva Hober l'exposition "Culte"
 

Benoit Huot, pourriez-vous me parler de votre parcours ?
J'ai suivi une formation à l'Ecole des Beaux-Arts de Besançon. Dans les années 90, j'ai acheté avec mon épouse une vieille maison délabrée en Franche-Comté dans un village de 50 habitants. C'est là où j'ai redécouvert la campagne de mon enfance, mais aussi le milieu de la chasse et de la taxidermie notamment.

Comment cela a-t-il influencé votre travail ?
Cela a été un vrai déclic, mais je ne m'en suis pas aperçu tout de suite. En réparant ma maison pendant plusieurs années, je me suis mis à travailler sur le « volume » sans le savoir. Et lorsque j’ai repris mon travail artistique, je suis donc passé de la peinture à la sculpture très naturellement.

Avec le recul, je me rends compte que c’était aussi une rupture avec l'enseignement académique reçu à l'école.

Enfant, j'avais aussi été beaucoup en contact avec des animaux et la nature de manière générale. Le fait de revenir à la campagne a été une forme de retour aux sources. J'ai réussi à trouver ma propre voie, liée à mon histoire. Et la sculpture s'est imposée à moi comme une évidence.

VUE DE L’EXPOSITION CULTE, galerie Eva Hober, 2015, ©Marc Domage

 
Enfant, j’avais aussi été beaucoup en contact avec des animaux et la nature de manière générale.

Considérez-vous qu'il s'agit d'une naissance ou d'une renaissance dans votre vie d'artiste ?
En réalité, je le vis plutôt comme une continuité dans mon travail. Il n'y a pas eu de vraie rupture, c'est simplement un pallier qui a été franchi.

Lors de votre précédente exposition "Transhumances" présentée à la galerie Eva Hober en 2013, vous avez utilisé des animaux taxidermisés pour vos sculptures, quel a été votre processus de création ? Vous êtes vous-même chasseur ?
Absolument pas, je suis incapable de tuer une mouche ! Et je ne suis pas taxidermiste non plus… J'ai simplement utilisé des animaux taxidermisés pour mes œuvres car je suis tombé dessus au détour de brocantes et de vide-greniers. D'instinct, je les ai rapportés dans mon atelier en me disant que cela allait certainement me servir pour mon travail. Et effectivement. Au début je me suis mis à utiliser de petits animaux. Ce n’était que des accessoires qui participaient à d'autres sculptures. Et puis c'est finalement devenu l'élément principal de mes sculptures. Sur ces animaux, j’ai commencé à superposer des tissus, des objets, des accessoires, des morceaux de masques voire des grigris que je fabriquais…

A quel moment considérez-vous que votre œuvre est achevée ?
C'est assez simple car je le ressens. Quand je suis arrivé au maximum de ce que la forme m'a donné, j'arrête. Après s'opère un basculement. Je sais que si je vais trop loin, je vais détruire l'énergie trouvée dans mon œuvre. C'est un équilibre à trouver. Je pense que le fait d’avoir été peintre m’a laissé un sens de la composition, des couleurs et du rythme. Je ne fais que transposer ces connaissances à un travail en 3D.

Mais parfois, j'ai moi-même des surprises. J'ai réalisé récemment une sculpture de grande taille et je pensais l'avoir amené à son aboutissement. Finalement, je travaille de nouveau dessus. Entre temps, j’ai vu des choses qui m'ont inspirées : d'autres oeuvres ou ma vie quotidienne par exemple, et j'ai finalement envie d'aller encore plus loin.

 
L’au-delà est la principale thématique de cette exposition. C’est une question sans réponse. Mais essentielle dans notre existence.

LE PASSEUR D’ÂMES, 2015, Matériaux divers, 170x90x80 cm, Collection privée, France

Pourriez-vous me parler de votre exposition actuelle "Cultes" à la galerie Eva Hober ?
Je suis toujours dans une progression. J'ai travaillé pendant presque 3 ans sur le principe de l'animal taxidermisé recouvert. Et à un moment donné, je sentais que j'avais épuisé cette thématique au niveau des animaux et des matériaux utilisés, de leur mise en situation etc. L'étape suivante était de "surmodeler" les animaux.

Dans ma précédente exposition, j'étais tributaire de la forme. Par exemple, si j'avais une tête de sanglier, je ne transformais pas la tête de l'animal. Pour "Culte", j'ai surmodelé l'animal. Je pars du sanglier, mais je lui greffe des éléments extérieurs : un bras, des oreilles, des cornes de taureaux etc. Je vais agglomérer l'ensemble avec une technique de modelage incorporant du tissu et du carton. Ce que j’obtiens, ce sont des personnages d'environ 2 mètres, des sortes de titans ou de demi-dieux. Ils ont un corps d'homme ou de gros animal mais ne sont plus tellement identifiables. Ils deviennent des êtres hybrides étranges et sauvages.

J'expose actuellement une quinzaine de ces pièces. Les autres sont des sculptures murales que j'appelle des « paquets funéraires ». C'est un travail revisité des rituels et des mythes funéraires inspirés d'Amérique du Sud notamment.

Ces êtres polymorphes évoquent donc le passage de la vie à la mort ?
Oui, quand on regarde l'origine des mythes et croyances des sociétés les plus primitives, les principales questions qui se posent sont des questions autour de la naissance, de la fécondité et de la vie, du milieu naturel et enfin de la mort, mais aussi du post mortem. L'au-delà est la principale thématique de cette exposition. C'est une question sans réponse. Mais essentielle dans notre existence. Cette thématique est au coeur de mon travail et je dirai même, au coeur de ma personne depuis que je suis enfant.

Comment travaillez-vous ?
Je travaille entre 8 et 12h par jour. Pour commencer, j'étale tous mes matériaux sur une grande table centrale. J'ai plus ou moins une idée de départ, mais cette idée évolue avec le temps. Picasso disait "Si je sais ce que je vais faire, je ne le fais pas, cela n'a aucun intérêt". Je ne suis pas un artisan qui a un plan, qui doit fabriquer un objet précis. Je travaille beaucoup à l'instinct.

VUE DE L’EXPOSITION CULTE, galerie Eva Hober, 2015, ©Marc Domage.

 

vous ne Le savez pas encore...

Quelle est votre institution culturelle préférée à Paris ?
J'en ai plusieurs ! Je peux vous en citer trois.
Au Louvre, j'ai la sensation d'être chez moi. Je suis complètement dans mon univers, c'est un livre ouvert magnifique dans lequel je me promène.
Le musée du Quai Branly car je suis fasciné par l'art primitif.
La Maison Rouge est un lieu que j'aime énormément avec des expositions formidables. J'ai eu la chance de faire la rencontre d'Antoine de Galbert qui s'est intéressé à mon travail et qui m'a proposé en 2012 d'y faire une exposition. Cela a été une rencontre incroyable et déterminante.

Quels sont vos projets futurs ?
Une exposition dans ma région au musée de Champlitte.
Une exposition collective au Centre d’art contemporain de Gap sur le thème de l’animal.
Mes expositions toujours en cours :
- Exposition Hey Act III à la Halle Saint Pierre à Paris
- Anima Animal, à l'abbaye de Saint-Riquier

 


L'exposition Culte est visible jusqu'au 19 décembre à la galerie Eva Hober, 35-37 rue Chapon, 75003, Paris

 

Une rencontre réalisée et racontée par :

Marion