Notre rencontre avec Speedy Graphito

Après 30 ans de carrière, peu d'artistes peuvent se vanter d'avoir conservé la vitalité de Speedy Graphito. Réputé internationalement pour son travail inspiré par le graffiti et la culture pop, il réalise le mois dernier la plus grande fresque murale d'Europe pour le festival de Street art d'Évry. Notre reporter Lucien a rencontré l'artiste dans son atelier afin de parler de son œuvre et de sa prochaine exposition à la galerie Polaris.  

On associe généralement ton nom à l'émergence du mouvement "street art" français dans les années 80. Comment en es-tu venu à peindre dans la rue?
Je peins que je suis très jeune, en fait. A 14 ans je faisais déjà des décors de théâtre, puis j'ai fréquenté le lycée Maximilien Vox et l'école Estienne. Pendant mes études je peignais pour moi, mais lorsque je suis allé montrer mon travail dans des galeries, ça n'a pas marché. Je suis arrivé un peu après la figuration libre et des artistes comme Robert Combas ou Hervé Di Rosa. On me disait "on a déjà pris des jeunes artistes, reviens quand tu auras fait des expos". C'était un peu le serpent qui se mord la queue. Du coup, j'ai commencé à peindre sur les murs, notamment en utilisant des pochoirs. Mais ça s'est un peu fait par la force des choses, je ne m'y prédisposais pas.

Le "street-art" n'est donc pas vraiment une chose à laquelle tu t'identifies? Pour autant que le terme signifie quelque chose.
Je pense que c'est surtout une appellation générique, quelque chose qui relève du marketing. C'est beaucoup trop large, on y inclut les taggeurs, les graffeurs, les artistes qui travaillent dans la rue, du coup personne ne s'y reconnait. En France par exemple, il y a eu les frères Ripoulin ou Ernest Pignon Ernest. On les classe là dedans alors qu'ils n'ont rien demandé, ça n'a pas de sens. 

J'ai arrêté de faire des interventions sauvages dans les années 90, il y avait déjà une saturation, une surmédiatisation du phénomène. Je me suis détaché de ça mais je ne me soucie plus des étiquettes, si ça fait plaisir aux gens d'en coller. 

 

"Atari 2015" Court. Galerie Polaris

 
Le street art c’est surtout une appellation générique, quelque chose qui relève du marketing

Tu évoquais la figuration libre, quels mouvements artistiques t'inspirent?
Surtout les peintres modernes comme Joan Miró, Pablo Picasso, Pietr Mondrian. Il y a aussi le pop art, bien sûr. C'est dans cette continuité que je veux m'inscrire, être dans l'histoire de l'art et développer les thématiques de ces artistes. Je ne suis pas en rupture avec les supports traditionnels, j'aime la peinture, la toile.

Pour ton exposition à la galerie Polaris, tu présentes des œuvres abstraites, alors que tu es surtout connu pour des travaux plus figuratifs.
C'est vrai que c'est assez différent, mais j'arrive à rattacher ces toiles à mon travail. Je me suis déjà intéressé à l'abstraction par le passé, c'est une continuité dans l'expérimentation. L'idée de cette série m'est venue d'une sculpture en volume que j'avais faite et dont j'avais pris des photos en plans très serrés. Le rendu était une composition de lignes et de couleurs, je suis parti de là. J'ai beaucoup joué avec la perspective, les points de fuite et la répétition de motifs. J'utilise la même gamme de couleurs pour tous les travaux, afin qu'il y ait une unité entre les différentes pièces. Le noir, que j'emploie normalement pour faire les contours, est aussi traité comme une couleur. 

Cette liberté d'exposer ce que j'ai envie de faire me tient beaucoup à cœur, il faut que mes œuvres correspondent à un moment de ma vie. Je prépare rarement mes expositions à l'avance, c'est souvent le projet présent qui inspirera le prochain. J'aime travailler dans l'instant et m'adapter au lieu où j'expose. 

 
Il faut que mes œuvres correspondent à un moment de ma vie

"Mirage 2015" - Court. Galerie Polaris

Pour ton exposition à la galerie Polaris, tu présentes des œuvres abstraites, alors que tu es surtout connu pour des travaux plus figuratifs.
C'est vrai que c'est assez différent, mais j'arrive à rattacher ces toiles à mon travail. Je me suis déjà intéressé à l'abstraction par le passé, c'est une continuité dans l'expérimentation. L'idée de cette série m'est venue d'une sculpture en volume que j'avais faite et dont j'avais pris des photos en plans très serrés. Le rendu était une composition de lignes et de couleurs, je suis parti de là. J'ai beaucoup joué avec la perspective, les points de fuite et la répétition de motifs. J'utilise la même gamme de couleurs pour tous les travaux, afin qu'il y ait une unité entre les différentes pièces. Le noir, que j'emploie normalement pour faire les contours, est aussi traité comme une couleur. 

Cette liberté d'exposer ce que j'ai envie de faire me tient beaucoup à cœur, il faut que mes œuvres correspondent à un moment de ma vie. Je prépare rarement mes expositions à l'avance, c'est souvent le projet présent qui inspirera le prochain. J'aime travailler dans l'instant et m'adapter au lieu où j'expose. 

Le titre de l'exposition, Résolution, se réfère à cela?
Oui, c'est la résolution d'affirmer un choix, de dire qu'un artiste ne doit pas se conformer à l'image dans laquelle on l'enferme. C'est quelque chose que je défends. Je ne me dis jamais que je vais faire quelque chose de commercial, me copier moi-même. Je ne donne pas forcément aux gens ce qu'ils ont envie de voir, j'aime bien les bousculer, les surprendre. Mais le titre est polysémique, il se réfère aussi à la résolution en rapport avec les images. 

Justement, quelle place occupe la notion d'image dans ton travail? Tu t'appropries des personnages et des signes de la culture populaire, mais de manière décalée, transposée.
L'image est centrale dans mon travail, j'essaie sans cesse d'interroger ce qu'elle est, ce qu'elle véhicule, à quoi elle sert. Parallèlement, c'est la mémoire collective qui me passionne, la manière dont elle relie les gens entre eux. J'ai envie que mon art soit universel, qu'il puisse être compris partout dans le monde. J'utilise des images que chacun peut reconnaitre, mais mes œuvres sont aussi très liées à ma vie, il y plusieurs niveaux de lecture.

Chaque personnage récurrent a donc un sens particulier?
Oui, c'est plus ou moins évident. Pour Picsou par exemple, c'est très simple et direct, il n'y a rien à expliquer. Astroboy renvoie au futur, à l'image numérique et au changement de notre perception. C'est un enfant robot, et c'est aussi la réponse du Japon à Walt Disney, tu remarques que son visage est directement inspiré de celui de Mickey. C'est un peu un pont entre les cultures et une référence à l'enfance. Ça nous renvoie à un état où notre sensibilité s'exprime plus facilement, où nous sommes plus émotionnels, moins formatés. Un peu comme une madeleine de Proust. 

Infini Space 2 - Court. Galerie Polaris

 

Les 3 choses que vous ne savez pas encore...

Quelle est la dernière exposition, le dernier artiste qui t'a vraiment marqué?
A vrai dire je ne sais pas, je vois beaucoup de choses mais je ne retiens pas forcément les noms. Tout me plaît en fait, tant que c'est un peu différent, que ça propose de nouvelles choses. 

Un conseil pour les artistes débutants?
Je pense qu'il faut être passionné et travailler comme un dingue, sinon c'est impossible. Tous ceux qui progressent et arrivent à en vivre sont des bosseurs. Le marché est plus difficile aujourd'hui, le nombre d'artistes croît de manière exponentielle, donc les choses se ressemblent,  les gens sont un peu perdus. Le problème c'est que si tu es trop en avance sur ton temps, personne ne te comprend, mais si tu es trop en retard tu es déjà dépassé. Il faut être dans le présent mais toujours avoir un coup d'avance sur la tendance, l'évolution. Et puis surtout, tout le temps se remettre en question. C'est facile d'être une star pendant dix ans, l'enjeu c'est de toujours proposer quelque chose d'actuel après trente ans. 

Quels sont tes projets futurs?
Une foire et une exposition à Bogota, où ma galerie américaine ouvre un nouvel espace, et une exposition à Lille. Ce sera encore quelque chose de très différent de l'exposition à Polaris et des précédentes.  

 


L'exposition Resolution est visible jusqu'au 21 novembre à la galerie Polaris, 15 Rue des Arquebusiers, 75003, Paris

 

Une rencontre réalisée et racontée par :

Lucien