Notre rencontre avec Mona Ardeleanu

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Pour son exposition« My surface is your canvas » à la galerie Oneiro, sa première en France, Mona Ardeleanu invite le spectateur à puiser dans son imagination pour interpréter ses créatures fantastiques sorte de corps hybrides composés d’accessoires, de tissus et autres formes familières. Avec ses peintures, ses dessins et ses aquarelles, cette artiste allemande, qui vit et travaille à Stuttgart, nous propose de découvrir un univers à la fois abstrait, figuratif, surréaliste et classique. Envoûtant !

Mona, pourriez-vous me raconter quel est votre parcours ?
Pour moi, c’était évident que je deviendrai artiste un jour et plus précisément que je serai peintre. Depuis mon enfance , je ne me suis jamais posée d’autres questions. J’ai commencé mes études d’art directement après l’école à la Staatlichen Akademie der Bildenden Künste à Stuttgart. Mon professeur était Alexander Roob. J’ai également étudié à la Staatlichen Akademie der Bildenden Künste à Karlsruhe avec le professeur Franz Ackermann et entre 2008 et 2009, j’ai passé une année à l’Akademie der Bildenden Künste dans l’atelier de Daniel Richter à Vienne. En 2009, je suis allée passer une année à Munich à l’Akademie der Bildenden Künste München avec Karin Kneffel. Je suis diplômée depuis 2010. Je cherchais différentes approches artistiques en choisissant ses écoles puisque à la base je suis diplômée en graphisme. Je viens de la BD et du graffiti. On peut dire que ce sont un peu mes racines artistiques. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi d’étudier le graphisme à Stuttgart avec Alexander Roob. Mais depuis mon enfance, c’était une évidence que je deviendrai peintre car c'est avec la peinture que je me sens le plus confortable. J’ai aussi testé d’autres choses pendant mes études comme l’expérimentation sonore et les installations. J’ai vraiment choisi ces professeurs pour obtenir différentes influences. La peinture, c’est quelque chose d’important pour moi. Depuis que j’ai commencé, j’essaye vraiment de peindre tous les jours.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Un peu de tout. La nature, l’art et le design m’inspire quotidiennement mais je crois qu’au fond notre inspiration est un assemblage de nos souvenirs, des choses que l’on a vu et qui nous ont inspirées. Je pense que mes peintures ne sont pas faciles à mettre dans une case. Elles vont dans plusieurs directions. Hilma af Klint m’a aussi beaucoup inspiré. Elle est suédoise et elle est décédée en 1944. Ses peintures furent parmi les premières de l’art abstrait. Elle a peint de nombreux cercles segmentés et des spectres de couleurs. Son univers est très ésotérique. Elle a inventé une représentation visuelle des idées spirituelles. J’apprécie quand l’art est connecté à des choses qui nous dépassent et qu’il mène vers différents champs de réflexion. 

 
Le titre de l’exposition « My surface is your canvas » est une invitation à la contemplation mais il ne définit pas mes peintures.

Comment est né le projet « My surface is your canvas » qui montre une sélection de vos oeuvres à la galerie Oneiro ? Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?
C’est la première fois que j’expose dans une galerie des peintures qui ont été peintes à différents moments et plus précisément qui ont été peintes ces trois dernières années. D’habitude, je travaille sur une série pendant des mois voir des années. C’est la première fois que je ne montre pas un ensemble complet de mes dernières oeuvres. Pour cette exposition, je devais choisir un titre qui réunisse tout mon travail. « My surface is your canvas » est un peu comme une invitation à la contemplation mais il ne définit pas mes peintures. Je ne définis jamais ce que je peins. L’interprétation reste toujours ouverte. Parfois, les gens me demandent : « Tu sais la peinture avec le papillon et je réponds souvent laquelle ? » C’est une invitation à voir et à être touché au plus profond de soi-même. Mes peintures sont connectées à une personnalité et à nos souvenirs. En regardant mes toiles, vous vous souviendrez peut-être des vêtements que portaient votre grand-mère et si vous vous focalisez sur les formes vous aurez vite trouvé un élément qui vous parle.

Cette exposition est ma première à Paris. Ekaterina, la directrice de la galerie, a vu mes peintures sur internet et elle a voulu me rendre visite à Stuttgart. Nous nous sommes rencontrées il y a 5 mois. C’est aussi pour cela que je montre autant d’anciennes pièces. Nous pensions que ce serait trop court. Néanmoins, je présente ici une série d’aquarelles peinte ces dernières semaines. Cette exposition vous permet vraiment d’avoir un aperçu de mon travail.

«Abstraites », « Figuratives », « Surréalistes », « Classiques », de nombreux termes reviennent régulièrement pour décrire vos peintures. Selon vous, lequel se rapproche le plus de votre travail ?
Tous et aucun à la fois. D’après moi, mes peintures sont abstraites car mes corps n’existent pas vraiment dans la réalité. Elles sont aussi figuratives et surréalistes car ces formes sont irréelles et étranges à la fois. Nous pouvons également utiliser le terme « classique » pour leur côté très technique. Tous ces termes fonctionnent et c’est ce que je recherche. Pour moi, c’est important de ne pas rester dans une seule case.

Pourriez-vous me décrire quelques peintures, dessins ou aquarelles présentés ici ?
Je vais choisir ma peinture préférée. Elle a été peinte spécialement pour une exposition qui a eu lieu au Kunstmuseum à Stuttgart. C’était une exposition personnelle dans l’un des plus grands musées de Stuttgart. Le titre de mes peintures est toujours composé d’un numéro car je travaille en série. « Zwirbel III » est un nom qui n’existe pas. En fait, le titre de mes peintures ressemble à mes « corps ». C’est principalement une invention qui pourrait nous rappeler quelque chose mais cela n’existe pas. C’est un jeu de superposition. Je joue avec le spectateur car je lui montre des choses qu’il connait déjà. L'arrière-plan devient une partie du corps et inversement le corps devient une partie de l'arrière-plan. C’est vraiment quelque chose que j’aime beaucoup dans cette peinture.

Le première toile à l’entrée de la galerie s'appelle "Falter II". On me demande souvent si je construis d’abord les « corps » et si je les peins ensuite. Tout d’abord, je commence par peindre le fond et je passe ensuite à la composition. C’est comme si je les modèle sur la toile. Elles obtiennent une structure, une forme pour la construction. Je ne pourrais pas vous dire combien de temps cela me prend de peindre une toile car je peins souvent plusieurs peintures en même temps. Je peins en très fines couches et je dois laisser sécher. Mes peintures sont influencées les une par les autres. Pour moi peindre, c’est être capable de créer quelque chose dans le monde irréel de ce média. Le peintre est une sorte de dieu devant sa toile, il n’a pas besoin de suivre la physique. Je peux construire des choses qui n’existent pas dans la réalité. Elle peuvent simplement exister sur la toile.

 
Je crois qu’au fond notre inspiration est un assemblage de nos souvenirs, des choses que l’on a vu et qui nous ont inspirées.

Pourriez-vous m'expliquer pourquoi avez-vous intitulé les formes sur vos toiles« corps » ?
J’appelle les formes représentées sur mes toiles « corps » car j'ai besoin d'un corpus pour parler de mes peintures. 

Quel est votre rituel quand vous peignez ?
Je commence souvent par le gris foncé puis je retourne ma toile. En fait, je ne choisis les couleurs et les motifs qu’à la fin. C’est vraiment comme modeler une forme dans le monde réel mais cela ne se produit que sur la toile. Lorsque je commence à peindre, je ne sais vraiment pas quel sera le résultat. Parfois, je trouve ça bien de tourner ma toile car je peux avancer étape par étape et recommencer. 



 

 

Les 3 choses que vous ne savez pas encore...

Quel est votre dernier coup de cœur artistique ?
Il y a quatre ans à Stuttgart, j’ai vu l’exposition  « eating the beard » consacrée au peintre belge Michaël Borremans. Son travail m’a vraiment bouleversé. Je ne comprenais pas pourquoi les gens étaient si enthousiastes à l’égard de son travail mais maintenant je sais.

Si vous deviez choisir une peinture célèbre don’t vous pourriez être l’auteur, laquelle choisiriez-vous ?
« The temple series » de la peintre suédoise Hilma af Klint.

Quel est votre prochain projet ?
Mon prochain projet sera une exposition personnelle à la galerie Wagner + Partner, qui me représente à Berlin, au début de l’année prochaine. Je viens juste de commencer à réfléchir au projet. Ce sera peut être une double exposition montrant aussi le travail d'un photographe mais nous ne savons pas encore. C’est une situation très spéciale car souvent j’apporte mes peintures encore mouillées à la galerie. Le temps me manque souvent entre deux expositions. 

 


L'exposition My surface is your canvas est visible jusqu'au 7 novembre 2015 à la galerie Oneiro au 7 rue du Perche 75003, Paris

 

Une rencontre réalisée et racontée par :

Claire

 
 

Pour Claire, 

L’art est un vecteur de lien social.

 

Sa vision de l’art :

« L’art sauvera le monde » (Fiodor Dostoïevski)