Notre rencontre avec Kitty Holey

Kitty Holley explore le thème de la dilatation de l’espace depuis plusieurs années. Ses sphères sont habitées d’un mouvement fluide comme un temps circulaire.

Elle a entraîné Gaëlle, reporter pour les Jeudis Arty, dans son univers toujours en mouvement et marqué par des années de pratique de danse.

 
J’ai baigné dans un milieu artistique où il y avait César, Robert Jacobsen, Brassaï, Soto…il y avait beaucoup d’artistes à la maison

Pour commencer, j’aimerais connaitre votre parcours.
J’ai fait des études aux Beaux-arts à Paris. J’ai fait une section Arts Plastiques à l’époque, qui était en fait une section Architecture et Arts plastiques. Donc je ne savais pas encore si j’allais me destiner plutôt vers l’architecture, vers la peinture et en même temps je prenais des cours de danse. A l’époque, ma formation était en quelque sorte triple.

Quels sont les artistes, lors de votre formation, qui vous ont plus influencés que d’autres ?
Je ne dirais pas lors de ma formation, non pas aux Beaux Arts, parce que je n’ai pas découvert d’artistes prépondérants. Je viens d’une famille d’artistes, donc ma mère est peintre ; elle a été élève de Fernand Léger, André Lhote, Jean Dewasne. J’ai baigné dans un milieu artistique où il y avait César, Robert Jacobsen (le sculpteur), Brassaï (le photographe), Soto… il y avait beaucoup d’artistes à la maison. En fait j’ai baigné dans cet univers. Il est vrai que je n’ai pas trouvé aux Beaux-arts la qualité de l’enseignement de la maison, on va dire.

IMG_33791.jpg
Comme j’ai fait beaucoup de danse, j’étais très intéressée aussi par cette idée de la trace laissée sur la toile du mouvement c’est-à-dire comment donner à une surface plane l’idée du mouvement”

Pourriez vous me décrire en quelques mot votre démarche artistique ?
J’ai baigné dans cette mouvance à l’époque de ce que l’on appelle la peinture abstraite construite qui est en fait le travail de ma mère, le travail de Jean Dewasne et de Deyrolle, Vasarely , de tous ces gens que l’on voyait à l’époque. Je suis née là dedans en quelques sorte. Mais moi je me suis démarquée un petit peu de cela puisque ce qui m’intéressais beaucoup c’était la danse. Donc dans une certaine mesure, je suis plus touchée par des artistes comme Pollock ou comme Soulages (non pas l’outrenoir mais le Soulages du début) qui est encore un Soulages où il y a tout ce travail sur le mouvement. Comme j’ai fait beaucoup de danse, j’étais très intéressée aussi par cette idée de la trace laissée sur la toile du mouvement c'est-à-dire comment donner à une surface plane l’idée du mouvement. Donc ça c’était ma préoccupation majeure. En quelques sortes, j’étais très fascinée par le travail des futuristes italiens (Balla, Boccioni, …). En même temps je ne travaille pas de la même façon. Alors j’ai aussi une formation d’architecture puisque j’ai beaucoup travaillé avec mon père qui est architecte et d’autres architectes ; j’étais coloriste – décoratrice pendant des années et j’ai travaillé avec plusieurs architectes. Notamment, j’ai réalisé des murs dans des halls d’entrée, des grands formats. Ce qui allait beaucoup avec cette idée de l’espace, c'est-à-dire avec la danse on occupe l’espace, le corps occupe l’espace et dans l’architecture on occupe l’espace aussi. Donc cette notion d’espace était assez importante. Et je dirais que j’ai réalisé quelque chose d’extrêmement important pour moi, qui a été une exposition en chine au musée de l’académie des Beaux Arts de Canton où j’ai fait 2 œuvres qui faisaient 6m*2m. Il y avait cette notion effectivement d’espace, je dirais exacerbé dans un espace qui pouvait être comme une chapelle.

On ressent tout ce mouvement dans votre œuvre mais aussi énormément de couleurs. Pouvez-vous me parler des couleurs, comment déterminez-vous le choix de ces couleurs ?
Le choix des couleurs fait également partie d’une démarche extrêmement énergique qui est inspirée de cette idée du feu, du ciel, du sang, des éléments primordiaux. Donc les couleurs ne sont effectivement pas trop mélangées, enfin j’utilise toujours un peu ou des bleus, ou des verts ou des rouges qui pour moi sont soit le rouge disons que c’est la couleur du sang et la couleur du feu. Le bleu c’est aussi bien la couleur du ciel, de la mer ou du souffle ou du vent.

Le choix des couleurs fait également partie d’une démarche extrêmement énergique qui est inspirée de cette idée du feu, du ciel, du sang, des éléments primordiaux.
web003.jpg

On ressent un fort dynamisme dans vos toiles voire un aspect très positif. Quel rapport avec le titre « Apocalypse »?
Le rapport avec le titre c’est que je fais normalement des surfaces planes, je dirais des sphères qui sont pleines. Or là ce sont des sphères qui sont déchirées, qui sont abimées, qui sont avec une sorte de plaie, avec une sorte de désordre, d’inquiétude. Effectivement, je reviens toujours avec mon énergie à remettre les choses en route et à remettre un certain optimisme. Mais le départ était effectivement ces sphères avec ces trouées qui faisaient penser à ce que j’avais fait des les années 93-92 où j’avais fait aussi une série de peintures qui s’appelait La nuit déchirée et qui était aussi avec ces espèces de béances

Nous pouvons apprécier des lectures différentes, par exemple dans celle-ci je vois un fœtus. Est-ce que vous voulez faire passer un message directement ou indirectement ?
En quelque sorte oui, à part que ce n’est pas de la peinture figurative. Chacun peut y projeter, je dirais, une image qui lui convient, qui le touche, mais en réalité ce n’est absolument pas une peinture figurative. Mais c’est une peinture qui est effectivement en mouvement et qui fait partie de ce que j’appelle le mouvement de la vie. C'est-à-dire que c’est une peinture qui est très influencée par le Taoïsme. Dans le Taoïsme, on dit que le mouvement de l’eau ou de l’air trouve toujours un chemin. Alors, il peut trouver des chemins détournés mais il trouve toujours son chemin vers la rivière ou vers la mer. Donc c’est cette idée que malgré les difficultés de la vie, il y a toujours une manière de trouver son cheminement.

Un mot pour décrire votre œuvre ?
Lumière

 

 

Les 3 choses que vous ne savez pas encore...

Votre dernier coup de cœur artistique ?
Moi, j’adore Pollock ! J’adore son énergie. C’est vrai que ce n’est pas un artiste très très contemporain mais c’est un artiste qui m’a vraiment fasciné. Quand on le voit surtout sur la vidéo ; on le voit, je dirais, danser. Et, je ne sais pas si vous avez vu cette vidéo – sur le Dripping – on le voit, il est habité, il est complètement habité, il est dedans. C’est vrai, j’ai eu la chance de rencontrer et de vivre avec des artistes et effectivement ce moment de concentration où on est en plein dans son travail. Juste une petite parenthèse, ma mère est pianiste et peintre. Donc je suis née aussi avec cette histoire du travail. La musique, ça demande des heures de préparation : ses gammes, ses arpèges ; elle jouait peut être 4 h de piano par jour. Ma grand-mère aussi. Moi, j’étais sous le piano. Il y avait cet espèce de rituel du travail et dans la danse c’est pareil. Il faut d’abord faire des exercices au sol, des exercices à la barre et après on peut se mettre à danser.  Je crois que c’est ce que j’ai vu, et ce que j’ai fait moi aussi, ne serait ce parce que j’ai fait beaucoup de danse. J’ai besoin pour pouvoir vraiment être concentrée, une préparation, ça ne se fait pas comme ça … il faut du temps.

Avez-vous un rituel ?
Oui, j’ai besoin d’abord de calme, j’ai besoin de me mettre dans un état un peu à part. Il faut en quelques sortes que je ne vois plus personne.  Je ne me mets pas dans un état de méditation mais j’ai vraiment besoin d’un espace de calme, de silence, même si je travaille en musique. C'est-à-dire que pendant quelques jours quand je sais que, je ne peux pas travailler tous les jours ! Ce n’est pas un travail comme je dirais d’un artisan. Je me bloque 10 jours, 15 jours, un mois et pendant cette période là je ne fais que ça mais les jours auparavant je fais la gym, je marche 3 heures par jour, je danse, je me mets à la musique. Il y a comme une sorte de préparation, ce n’est pas quelque chose que je peux faire de 2H à 4h tous les jours ou tous les matins au réveil. Ce n’est pas possible et j’ai souvent besoin de beaucoup marcher. Mais même pour venir ici je suis venue, j’ai marché une heure et demie.

Un conseil à donner aux artistes qui débutent ?
Ne pas courir après les miroirs aux alouettes. Se concentrer sur ce que l’on est vraiment.

Photos : Tous droits réservés Galerie Marie Robin

 
 
 

L'exposition de Kitty Holley est visible à la galerie Marie-Robin jusqu'au 5 novembre au 18 rue de Montmorency dans le 3ème arrondissement.

Une rencontre réalisée et racontée par :

Gaëlle