Notre rencontre avec Samuel Martin

Chloé, reporter pour Les Jeudis Arty vous emmène à la découverte de Samuel Martin, artiste représenté par la galerie parisienne ALB - Anouk Le Bourdiec. Il a répondu à ses (nombreuses) questions depuis la Normandie, où il a élu domicile pour être proche de ce qui l'inspire.

Plongée au cœur d'un univers où confusion et euphorie se côtoient au sein de dessins au fusain épatants.

 
Ce que je souhaite, c’est repousser les limites du dessin pour qu’il rivalise avec l’image photographique.
Crédits : Promoov'Arts

Parlez nous un peu de votre «parcours», par quelle discipline artistique avez-vous débuté ?
J'ai suivi des cours dans une université en arts plastiques puis j'ai obtenu une agrégation artistique. C'était un cursus beaucoup plus théorique que pratique, avec des cours généraux en peinture, dessin, photographie, vidéo. La pratique que je possède maintenant je l'ai développé moi-même.

Avez vous commencé la peinture dans l'optique de devenir artiste ?
L'idée de l'artiste seul dans son atelier c'était une idée qui ne me plaisait pas, la transmission c'est quelque chose de très important pour moi. J'avais donc cette volonté d'enseigner puis d'être artiste.
Je dirais que j'ai acquis de la légitimité lorsque mon travail a été exposé pour la première fois dans une galerie. C'était une galerie au Luxembourg ; nos pratiques étaient différentes, et nous n'avons pas su travailler ensemble. Depuis quatre ans je travaille avec la galerie Anouk Le Bourdiec, et ça fonctionne ! C'est ce qui légitimise mon travail aussi.

Derrière l’image il y a toujours un danger qui rôde, une angoisse.

Si vous deviez décrire votre univers ? Il est assez antithétique non ? Entre chaos et joie ?
C'est un peu ça. Derrière l'image il y a toujours un danger qui rôde, une angoisse. L'intérêt dans l'expo actuelle c'est que le spectateur fasse sa propre lecture, s'imagine ce qu'il y a avant, ce qu'il y a après, ce qui amène le personnage dans l'action. La narration est très importante, mais je n'ai pas de message à délivrer. Je crée une image qui puisse être un lieu où des pensées vont se rassembler. C'est un travail composite qui lui-même vient de différentes sources et qui cristallise différentes inspirations et aspirations.

On sait que vous avez commencé par des peintures très colorées. Quand on voit vos œuvres maintenant, notamment celles exposées à la galerie ALB dans le cadre de votre exposition "Haunted games", on remarque un changement radical. Comment en êtes-vous venu à travailler au fusain, quel a été l'élément déclencheur ?
Ca vient tout simplement d'une volonté de dépouillement et d'un goût pour dire les choses de façon plus juste. En enlevant la couleur, on enlève la dimension humoristique et surréaliste, on enlève les couches pour arriver à un noir et blanc, et donc à un rapport au réel plus direct, à un aspect photographique. C'est ça oui, un véritable rapport à l'essentiel.

L’idée c’est de montrer en 2015 ce que l’artiste peut faire du dessin

Pour en revenir à cette exposition, vos travaux au fusain sont bluffants. On peut penser que ce sont des photographies. Vous vous revendiquez du mouvement dit «hyperréaliste» ?
Non pas vraiment, ce n'est pas cet aspect du travail qui m'intéresse. D'autant plus que l'hyperréalisme est faussé par le noir et blanc. Ce que je cherche à faire c'est des dessins dans un monde dans lequel on est saturé d'images. L'idée c'est de montrer en 2015 ce que l'artiste peut faire du dessin. Je porte un véritable amour au dessin, au fusain classique. Ce que je souhaite c'est repousser les limites du dessin pour qu'il rivalise avec l'image photographique.

Vous avez une résidence dans une galerie Parisienne, mais vous vivez et travaillez en Normandie. Pourquoi ce choix ?
La Normandie est une région où il y a beaucoup de végétations, et c'est un espace primordial pour mon travail.

Pouvez vous nous décrire une journée type de création ?
Il n'y a pas vraiment de «journée type», mais plutôt plusieurs «temps». Le temps de la recherche où l'image se compose, celui de la création où je prélève des choses au sein de différentes images, le temps de l'assemblage. Je prends le temps de regarder les images, de les imaginer, et ainsi d'envisager mes futures œuvres. C'est un temps fait de trous. La technique que j'utilise est assez longue, et j'ai besoin d'une pause toutes les 2/3 heures. Il faut aussi laisser du temps à l’œuvre, pour qu'elle existe d'elle-même, et se développe de façon autonome. Le dernier temps serait celui de l'attente entre deux créations.

Il faut aussi laisser du temps à l’œuvre, pour qu’elle existe d’elle-même, et se développe de façon autonome.

Les 3 choses que vous ne savez pas encore...

Une œuvre que vous auriez rêvé de faire ?
La dentellière de Vermeer. Le rapport au réel est bluffant dans cette œuvre. C'est plus réel que le réel. Dans la peinture Hollandaise il y a tout, c'est un plaisir pour le regard, et un plaisir pour l'artiste de rendre le plus fidèlement possible ce qui est vu.

La discipline artistique qui vous plaît le plus ?
L'art vidéo m'intéresse beaucoup.

La dernière expo que vous êtes allé voir ?
Les Bas-fonds du Baroque à Paris au Petit Palais. Les natures mortes du XVIIème m'inspirent et me plaisent énormément. Les clairs/obscurs de Caravage et son rapport au noir aussi.

Photos : Tous droits réservés Galerie ALB - Anouk Le Bourdiec

 
 
 

L'exposition de Samuel Martin "Haunted Games" est visible jusqu'au 11 avril 2015
à la galerie ALB - Anouk Lebourdiec au 47 rue Chapon dans le 3ème arrondissement.

Une rencontre réalisée et racontée par :

Chloé

 
 

Chloé est électrisée par l'art. 
Etudiante en journalisme et en industries culturelles,
elle avoue une préférence pour l'audiovisuel plutôt que pour les primitifs flamands. 

Sa vision de l'art ?
Gene Yougblood l'a formulé mieux qu'elle :
 «Tout art est expérimental, sinon ce n'est pas de l'art».